[Attention - sujet sensible] Auteur-e et Société

Avatar du membre
Zénodote
Messages : 678
Enregistré le : 09 janv. 2018, 00:25
Contact :

[Attention - sujet sensible] Auteur-e et Société

Message par Zénodote »

Edit Administration : Attention, étant donné la teneur des sujets abordés dans ce topic (représentation des minorités et des schémas dominants dans l'écriture et la littérature), les divergences d'opinion peuvent heurter les sensibilités. Nous veillons à ce que les propos restent respectueux et argumentés, mais si vous sentez que le sujet vous touche de trop près et peut affecter votre état émotionnel, évitez peut-être ce fil de discussion.
* [mention]Sorryf[/mention] Je plussoie ta réponse en grande partie (et surtout le sketch des inconnus, mouahaha qu'ils sont bons pour le coup! :tears-joy: ). A chaque livre son public. Je pense cependant qu'on peut dire en toute objectivité que certains livres sont meilleurs que d'autres, qu'ils ont des qualités absolues et non pas relatives aux goûts des lecteurs: un style qui a du souffle, des personnages dépourvus de clichés, une cohérence scénaristique... Sinon on n'essaierait pas tous et toutes de tendre vers certains idéaux littéraires.

Je suis d'accord avec ce qu'écrivait [mention]Fannie[/mention]:
Un livre qui véhicule des idées nauséabondes peut être un bon livre s'il est bien écrit, avec une intrigue bien menée, des personnages attachants, du suspense, etc. Cela dit, je vais probablement le détester. Le fait que j'aime ou que je n'aime pas un livre ne détermine pas s'il est bon ou mauvais, et ma notion de la morale non plus. Il ne faut pas oublier que ce qui est considéré comme moral ou immoral change suivant les époques et le pouvoir en place. On ne peut pas juger avec notre regard d'aujourd'hui des œuvres qui ont été écrites il y a plusieurs décennies ou plusieurs siècles.
-> En ce moment, il y a une tendance à évaluer la qualité littéraire d'un roman à l'aune de certains préceptes éthiques, aussi louables soient-ils. Un roman n'a pas vocation à être un traité de morale. Même s'il faut déplorer les éléments de racisme, de sexisme, de xénophobie, d'homophobie etc, même si on peut envisager la censure des écrits faisant l'apologie de ces travers moraux, on ne peut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, la qualité littéraire intrinsèque d'un roman avec son contexte idéologique.

En écrivant cela, je pense à quelque chose que je viens d'apprendre et qui m'inquiète sincèrement: la maison d'édition britannique qui traduit d'ordinaire les romans de Timothée de Fombelle a refusé son dernier livre, Alma, Le vent se lève, parce que cette histoire a pour protagoniste une petite fille noire esclave, et qu'on pourrait donc accuser son auteur blanc d'appropriation culturelle. Je n'ai pas encore lu Alma (je compte le faire), mais j'ai du mal à imaginer que l'auteur ait pu traiter ce sujet sans l'énorme dose d'humanité qu'il met dans tous ses romans. Franchement ça m'attriste... En voulant lutter contre certains travers, on en crée d'autres. Menfin c'est l'histoire de l'humanité j'imagine :weary:

Edit Cricri : [mention]Zénodote[/mention] et les autres, sur la très bonne suggestion de Flammy, j'ai scindé le topic Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ? pour vous permettre de prolonger tous ces échanges très intéressants que vous avez initiés et qui méritent vraiment d'avoir un sujet dédié. Vous pouvez ainsi les poursuivre à votre aise
;)

Avatar du membre
Seja
Site Admin
Messages : 1142
Enregistré le : 27 nov. 2017, 15:53
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Seja »

[mention]Zénodote[/mention] La censure, vraiment ? La vraie censure a un peu une autre tête (je te renvoie vers les Etats dictatoriaux pour ça). La censure dont tu parles, beaucoup aiment à l'évoquer quand on leur remonte des éléments problématiques de leur livre : quand on leur dit que leur texte est sexiste, raciste ou homophobe. Or ça, ce n'est PAS de la censure, c'est une simple constatation que l'auteurice dont on vient de lire le livre véhicule des clichés oppressifs dont on commence à avoir sérieusement marre. Parce que oui, c'est très facile de ne pas voir qu'on en fait : quand t'as par exemple dans une histoire le méchant dont l'unique caractéristique est d'être gros et qu'on insiste bien sur ça, bah c'est grossophobe. Et ce n'est pas justifiable, parce que l'auteurice a CHOISI de se concentrer sur ce trait. A partir de là, quand un enfant ou un adolescent qui est en surpoids et souffre déjà du regard de la société, quand il lit ça, il intériorise que les personnes comme lui ne peuvent être que mal perçues par la société. J'ai pris l'exemple de la grossophobie, mais j'aurais très bien pu te citer le sexisme, l'homophobie, le racisme ou tout un tas d'autres choses. Quand tu fais partie d'une minorité oppressée et que tu ne lis que des personnages négatifs ou clichés sur ladite minorité, bah tu le vis comment à ton avis ? Les livres ne sont pas juste des livres, ils façonnent la vision du monde de leur lecteur. Et ce n'est PAS de la censure que de remonter les choses qui ne vont pas après ta lecture. La personne qui écrit n'a pas la science infuse et peut-être qu'elle devrait écouter les retours et se remettre en question.

Avatar du membre
Jamreo
Messages : 693
Enregistré le : 06 janv. 2018, 17:16
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Jamreo »

Pour le coup, je suis plutôt d'accord avec Seja ^^

On est tous le produit de notre époque, dans une certaine mesure. Les discriminations passent peu à peu, les unes après les autres, sous la lumière, pour y être décortiquées et déconstruites, et on se rend compte que pendant des années, des décennies, des siècles, on discriminait certains groupes sans même s'en apercevoir, y compris dans nos écrits. Pour reprendre l'exemple de la grossophobie, Crabbe et Goyle sont gros et cons, mais le fait qu'ils soient gros sert (malheureusement) dans les descriptions de JK Rowling à appuyer leur connerie. Et ça, finalement, rétrospectivement, bah on se rend compte que c'est grossophobe et que ce n'est pas un exemple à suivre ; il y a tellement moyen d'écrire des personnages, des histoires, des situations complexes sans verser dans la discrimination gratuite. A partir du moment où on se rend compte de nos travers / oeillères / discriminations inconscientes, je pense qu'on a plus ou moins la responsabilité de ne pas véhiculer ce genre de choses, y compris dans nos écrits. Ce qui ne veut pas dire que nos personnages, eux, ne peuvent pas avoir des points de vue à des lieues du nôtre, que notre histoire ne peut pas aborder les sujets tels que le racisme, la LGBTphobie, le sexisme... mais il nous appartient de ne pas perpétuer des injustices "en notre nom" ou de manière trop ambiguë.

Si ça se trouve, dans trente ans, tout ce qu'on aura écrit tombera sous le coup d'autres préjugés auxquels on ne pense même pas aujourd'hui. Ca, c'est le jeu des époques qui passent. Donc oui, on a tous nos oeillères, mais les lecteurices averti.e.s ont totalement le droit de considérer que nos préjugés les soûlent !

Avatar du membre
Zénodote
Messages : 678
Enregistré le : 09 janv. 2018, 00:25
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Zénodote »

[mention]Seja[/mention] Je ne crois pas avoir dit nulle part dans mon message que critiquer un livre pour les messages rétrogrades qu'ils véhiculent est de la censure. Au contraire, j'ai dit qu'on pouvait censurer un livre s'il en faisait l'apologie, car il y a alors une démarche volontaire de la part de l'auteurice de répandre des valeurs (peut-on appeler cela des valeurs?) - des idées - haineuses.

Et pour moi c'est toute la difficulté de ce débat en ce moment: le critère de la volonté de nuire. Un auteur n'est pas une île morale solitaire, il écrit toujours dans un contexte idéologique particulier, avec des schémas de pensée qu'on lui a transmis dès la plus petite enfance. Il n'est pas facile de se détacher d'une vision du monde développée de manière inconsciente dès le berceau. C'est génial d'y parvenir, mais ce n'est pas une évidence. Pour reprendre ton exemple, ce n'est pas du tout parce qu'un roman véhicule des clichés grossophobes qu'il y a eu une volonté de la part de l'auteurice de le faire. L'écrivain a simplement utilisé des stéréotypes sans en avoir même conscience.

Puisqu'on parlait des Misérables tout à l'heure: Cosette est horriblement nianniante. Même chose pour Esméralda d'ailleurs, si on reste sur le même auteur. Est-ce que pour autant on peut dire que Victor Hugo a voulu véhiculer une image si décevante des femmes, aux yeux des lectrices d'aujourd'hui?

A cela j'ajouterais qu'il est de plus en plus difficile d'écrire des livres parfaitement en phase avec les idées les plus progressistes de notre époque. Je parlais d'Alma: un roman comme celui-là a probablement pris au moins deux ans à écrire et publier. Est-ce que sa traduction aurait été refusée il y a deux ans? ça m'étonnerait.

Autre exemple: Oh boy de Marie-Aude Murail. Sorti il y a 20 ans, ce roman a été salué parce qu'il était un des premiers à mettre en scène un personnage principal gay dans un livre pour enfant. Le personnage en question est aussi immature et très frivole. Si l'autrice avait sorti ce livre aujourd'hui, je suis certaine qu'une partie de son lectorat l'aurait abondamment critiqué pour avoir utilisé le cliché de l'homo frivole.

D'un point de vue personnel, j'ai commencé à écrire La ville sans vent il y a... probablement huit ans maintenant? A l'époque, il n'y avait pas eu #metoo, BLM, les récents témoignages sur la grossophobie etc. Donc oui, j'ai pu être caricaturale sur certains sujets (pour ma défense, tous mes personnages en prennent pour leurs grades, qu'ils soient gros, maigres, jeunes, vieux, pauvres, riches, beaux ou moches). Quand des plumes m'ont fait remarquer lors des corrections que j'utilisais des clichés pas top pour certains personnages - notamment Pyrrha -, je m'en suis rendue compte et j'ai ajusté. Pour l'écriture du deuxième, j'ai été plus sensibilisée à toutes ces questions - notamment en lisant/regardant des œuvres qui taillaient dans les stéréotypes -, ce qui a influencé ma façon de construire mes nouveaux protagonistes. Donc j'espère que mon tome 2 sera plus représentatif de notre société, même si on se trouve dans un univers imaginaire (edit: et même si je l'ai fini avant que le 1 soit publié, donc je n'ai pas pu prendre en compte les retours des lecteurs qui l'ont acheté).

Bref, tout ça pour dire que oui, je suis d'accord avec toi, un roman façonne la vision du monde de ses lecteurices. Mais il ne faut pas oublier qu'un romancier a été lui-même façonné avec une certaine vision du monde. A mon sens, on peut estimer que la sensibilité morale d'un roman est une qualité, et qu'un manque de sensibilité un défaut. Si un texte véhicule des idées affreuses, c'est normal qu'il nous tombe des mains. Mais il y a plein d'autres composantes sur lesquelles un roman peut être jugé, et devrait être jugé, s'il n'y a pas eu de volonté haineuse ou oppressive de la part de l'auteurice derrière (cette question de la volonté étant difficile à trancher, cf le début de mon laïus).


Edit: comme mon message était long à écrire, je n'avais pas vu le tien [mention]Jamreo[/mention]. Je suis bien d'accord avec tout ce que tu dis. Typiquement, on verse dans la discrimination envers les gros avec Crabbe et Goyle. D'ailleurs, HP a tellement influencé ma façon d'écrire que j'ai moi-même reproduit ces schémas dans mes textes, sans m'en rendre compte. Mais je doute que JK Rowling ait sciemment cherché à renforcer le mal être de ses lecteurs gros en inventant ces personnages. On doit déplorer ces clichés, mais est-ce que pour autant il faut dire qu'Harry Potter est une mauvaise saga? (ceci est une question de rhétorique, je veux bien prendre le risque d'être étiquetée comme ultra-conservatrice en affirmant que Harry Potter est et restera une saga fantastique, quels que soient les débats de société qui s'y rattachent)
Modifié en dernier par Zénodote le 04 juil. 2020, 11:54, modifié 3 fois.

Avatar du membre
Eryn
Messages : 211
Enregistré le : 06 juin 2020, 16:04
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Eryn »

Pour reprendre l'exemple de la grossophobie, Crabbe et Goyle sont gros et cons, mais le fait qu'ils soient gros sert (malheureusement) dans les descriptions de JK Rowling à appuyer leur connerie.
[mention]Jamreo[/mention], je t'avoue que je n'avais jamais fait attention à ça !
Il y a aussi la figure de dudley dursley, pareil, même si j'ai beaucoup aimé la manière dont elle a donné de la profondeur à ce personnage au début du dernier tome, le passage m'avait surpris mais en même temps j'avais adoré ! Après, pour Crabbe et Goyle, je crois me rappeler qu'elle insiste surtout sur leur stupidité et les fait toujours passer pour des lourdauds, non ? Et je me demande, dans la mesure où on déteste quelqu'un (vu que là l'histoire est vue à travers les yeux de Harry), tous ses défauts sont les seules choses qu'on voit.
J'essaie de me rappeler si pour le coup il y a dans ses livres des personnages en surpoids qui incarneraient des valeurs positives... Slughorn peut être ? Après dans la galerie de tous ses antagonistes, je trouve quand même que JKR s'en est pas mal sortie, parce qu'au final, même les mangemorts sont rarement laids, les malefoy sont même des gens plutôt élégants, même s'ils sont toujours décrits en mettant en avant leur caractère hautain et méprisant, je trouve ça bien ! Le seul au final qui soit vraiment l'incarnation de la laideur, c'est Voldemort, mais encore une fois c'est parfaitement logique, puisque la transformation physique du personnage reflète sa laideur intérieure, il est l'incarnation du mal absolu et ce mal prend chez JKR la forme d'un humain qui rejette son humanité, en commettant des meurtres pour éviter sa propre mort, et donc refusant ce qui par essence donne de la valeur à la vie, il s'extrait lui-même de tout ce qui fait un humain et se transforme littéralement en monstre. / Pardon, je dévie une fois de plus.

D'ailleurs, c'est pareil pour Rogue, l'accent est toujours mis sur ses cheveux gras, et ce qui le rend détestable c'est surtout son comportement avec Harry, ce qui je trouve cadre bien avec la réalité, qui n'a jamais détesté une personne belle ou apprécié la gentillesse d'une personne qu'on a trouvé laide sur un premier regard ?
Et de la même manière, je pense qu'on fait tous ça : quand on déteste quelqu'un, notre regard s'accroche toujours sur ses pires défauts, alors que ce même regard va effacer les défauts de nos proches au point de ne plus les voir !

Après, pour parler de laideur/beauté, c'est aussi souvent le cas dans les films, en particulier dans tous les dessins animés : les "méchants" sont toujours laids, gros, vieux ou maigres, sauf dans La reine des neiges, mais il fallait que Hans soit beau pour pouvoir séduire Anna... mais sinon, on est quand même très souvent dans une dissociation beauté/gentillesse - Laideur/méchanceté !
Je trouve ça très intéressant pour le coup, de sortir de ces clichés "les gentils sont beaux, les méchants laids"
Sans ça, je trouve ce topic vraiment super intéressant, je crois que j'ai un poil dévié du sujet par contre...
Modifié en dernier par Eryn le 02 juil. 2020, 16:26, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Seja
Site Admin
Messages : 1142
Enregistré le : 27 nov. 2017, 15:53
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Seja »

[mention]Zénodote[/mention] Je vais répondre rapidement, j'ai pas beaucoup de temps.
Un auteur n'est pas une île morale solitaire, il écrit toujours dans un contexte idéologique particulier, avec des schémas de pensée qu'on lui a transmis dès la plus petite enfance. Il n'est pas facile de se détacher d'une vision du monde développée de manière inconsciente dès le berceau. C'est génial d'y parvenir, mais ce n'est pas une évidence.
C'est néanmoins possible en s'intéressant à ce que disent les concerné-e-s et en tentant de déconstruire tout ce qui nous semble acquis. On vit à une époque où l'accès à l'information est simple, autant en profiter. Et je rappelle au passage l'existence de sensitivity readers qui sont là justement pour conseiller les auteurices qui veulent voir si leur bouquin n'est pas offensant pour un certain groupe.
Pour reprendre ton exemple, ce n'est pas du tout parce qu'un roman véhicule des clichés grossophobes qu'il y a eu une volonté de la part de l'auteurice de le faire. L'écrivain a simplement utilisé des stéréotypes sans en avoir même conscience.
Sauf que même si ce n'est pas voulu, ça fait mal aux concerné-e-s. Est-ce que pour une fois, on peut se placer du point du vue du / de la lecteurice par exemple grosse qui lit encore et encore ET ENCORE que les personnes comme elle sont mauvaises ou inacceptables ? L'auteurice n'est pas un individu lambda. Son oeuvre va être lue par des personnes. Et en ce sens, iel a une obligation de dépasser les stéréotypes qu'on lui a inculqué.
En revanche, pour l'écriture du deuxième, j'ai été plus sensibilisée à toutes ces questions - notamment en lisant/regardant des œuvres qui taillaient dans les stéréotypes -, ce qui a influencé ma façon de construire mes nouveaux protagonistes. Donc j'espère que mon tome 2 sera plus représentatif de notre société, même si on se trouve dans un univers imaginaire.
Et c'est une bonne démarche. De toute manière, un-e auteurice qui n'évolue pas, tant au niveau des sujets que de sa manière de les traiter, va très vite tourner en rond. Personnellement, je ne me suis jamais sentie contrainte dans l'écriture, la construction des personnages et les sujets à traiter. Raison sans doute pour laquelle ça me crispe toujours quand je vois des gens clamer haut et fort qu'on vit à une époque de bien-pensance et qu'on ne peut plus rien dire.

Et [mention]Jamreo[/mention] , je soutiens à 100% ce que tu dis <3

Avatar du membre
Zénodote
Messages : 678
Enregistré le : 09 janv. 2018, 00:25
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Zénodote »

[mention]Seja[/mention] Bon alors pour le coup je n'ai jamais entendu parler des sensitivity readers et je ne dois pas être la seule dans le monde littéraire :|

Je ne suis pas d'accord avec toi sur "l'obligation de dépasser les stéréotypes qu'on lui a inculqués". Encore une fois, c'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde. C'est comme si tu disais qu'une plume a l'obligation d'avoir une orthographe impeccable ou l'obligation d'écrire un scénario génial. A la rigueur, tu pourrais demander aux maisons d'édition de faire relire systématiquement les textes par des sensitivity readers, mais un filtrage en amont de ce style-là me fout franchement les jetons - je te renvoie à tous les débats éthiques sur le contrôle des contenus ex ante par les plateformes, que tu dois bien connaître.

A mon sens, il est préférable d'avoir une critique ex post. Je milite simplement pour une critique bienveillante ou du moins constructive, qui ne prête pas aux auteurs des intentions de nuire qu'ils n'ont pas eues.
Modifié en dernier par Zénodote le 02 juil. 2020, 18:05, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Seja
Site Admin
Messages : 1142
Enregistré le : 27 nov. 2017, 15:53
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Seja »

[mention]Zénodote[/mention] Ouais, ce coup-ci, je file vraiment xD Tiens, pour les sensitivity, j'avais fait un article dessus ya un an, mon avis n'a pas changé :p http://www.champidents.fr/blog/2019/04/ ... a-censure/
Je ne suis pas d'accord avec toi sur "l'obligation de dépasser les stéréotypes qu'on lui a inculqués". Encore une fois, c'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde. C'est comme si tu disais qu'une plume a l'obligation d'avoir une orthographe impeccable ou l'obligation d'écrire un scénario génial. A la rigueur, tu pourrais demander aux maisons d'édition de faire relire systématiquement les textes par des sensitivity readers, mais un filtrage en amont de ce style-là me fout franchement les jetons - je te renvoie à tous les débats éthiques sur le contrôle des contenus ex ante par les plateformes, que tu dois bien connaître.
Je voulais surtout parler d'obligation morale, celle que tu t'imposes à toi même. Je sais personnellement que j'ai des biais, même si j'en ai dépassé beaucoup, et j'essaie de les repérer et les analyser pour m'en détacher. Je ne dis pas que j'écris des persos parfaits du début à la fin : j'écris des enflures à la morale cheloue, mais l'histoire ne leur donne pas forcément raison. Et par contre, non, l'obligation dont je parlais n'est pas un talent. C'est juste quelque chose qui se travaille, puis qui devient inconscient, comme n'importe quel élément qui concerne l'écriture.
Quant au scenario que tu proposes avec les maisons d'édition qui font systématiquement appel aux sensitivity, ça me parait juste irréalisable et pas forcément utile. Faire appel à ces individus doit rester une démarche personnelle et intéressée, ce qui est le cas actuellement. Et puis, je te rappelle que les éditeurs ne sont pas la seule façon d'accéder à l'édition, l'autoédition fonctionne très bien.

Avatar du membre
Eresia
Messages : 369
Enregistré le : 06 janv. 2018, 17:58
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Eresia »

Zénodote a écrit : 02 juil. 2020, 15:55 Et pour moi c'est toute la difficulté de ce débat en ce moment: le critère de la volonté de nuire.
Je m'arrête juste sur ça, parce que j'ai un peu de mal avec cet argument. En soit, oui, en effet, peu de gens écrivent avec l'idée de nuire, mais est-ce que ça les absout pour autant ? Pour grossir le truc à l'extrême : je ne me verrais pas excuser une personne qui en a tué une autre sous prétexte qu'elle ne le voulait pas, par exemple.

Je trouve qu'à un moment, il serait bon de prendre ses responsabilités et d'assumer qu'on est pas infaillible, qu'on peut faire des erreurs. Et que c'est pas grave en fait, du moment qu'on en prend conscience et qu'on évolue, qu'on s'excuse et qu'on corrige. Mais je crois que le souci vient du fait que les gens - ou les auteurices dans le cas présent - s'arrêtent au ton des réactions, qui sont souvent vives et très critiques, tout en oubliant qu'au fond, il ne s'agit pas que de leur projet(ou de leur récit) en fait, mais d'une énième représentation foireuse, d'une énième insulte que ces gens se prennent dans les dents.
Et puis, je sais pas, est-ce qu'on écrit pour blesser des gens ? Est-ce que c'est vraiment devoir faire un effort de dingue que de se renseigner, ou de juste écouter les gens qui soulèvent les soucis ?

Finalement, je trouve que passer par des sensitivity readers ce n'est pas si éloigné que de demander l'avis aux gens comme on le fait sur FPA : ça permet d'avoir un texte qui va plaire au plus grand nombre, et au fond, n'est-ce pas là le but de la publication ?

Enfin bref, je trouve que la volonté à bon dos. Et que se cacher derrière ça, crier à la censure et invoquer le "on ne peut plus rien dire" (pas toi spécialement, mais en général), c'est aussi, encore une fois, retourner la situation et faire passer les victimes pour des méchants bourreaux censeurs alors qu'iels ne font qu'exprimer un ras-le-bol tout à fait légitime.

Et pour en revenir au sujet, je trouve le débat intéressant et la question extrêmement subjective au final, parce que oui, c'est difficile de ne pas y mêler nos goûts. Je n'ai pas d'avis tranché là dessus, parce que si je prend l'exemple de ma lecture en cours : c'est un livre que plein de gens ont trouvé cool, mais personnellement, je m'ennuie. Pour autant, je ne le trouve pas mauvais, parce que je reconnais que l'intrigue est entraînante (c'est ce qui m'a poussé à ne pas l'abandonner d'ailleurs), le style est correct et compréhensible, bref, il n'est pas si mal. Mais il ne me marquera pas.

Avatar du membre
Zénodote
Messages : 678
Enregistré le : 09 janv. 2018, 00:25
Contact :

Re: Débat : Qu'est-ce qu'un "mauvais" livre ?

Message par Zénodote »

[mention]Seja[/mention] Je t'envoie une dernière réponse rapidos ici et après je propose qu'on aille continuer la discussion en privé si besoin pour éviter de monopoliser encore plus ce sujet qu'on a déjà bien spammé :'D

Oui, évidemment que les maisons d'édition ne sont pas la seule voie de publication, j'aurais dû parler de contrôle en amont par les sensitivity readers pour tout type de publication, mea culpa. Et quand je dis que ce type de filtrage me fout les jetons, tu penses bien que ça sous-entend que je ne l'approuve pas... Merci pour l'article en tout cas, je vais aller le lire! Et je suis davantage d'accord avec toi sur l'idée d'une obligation morale, en gardant en tête que la morale est quelque chose de très fluctuant et que par conséquent un auteur peut sembler a posteriori rétrograde sur certains aspects alors qu'il avait vraiment cherché à dépasser les stéréotypes lorsqu'il avait publié. Comme le disait Jamreo, pas sûr que nos écrits progressistes d'aujourd'hui paraissent toujours aussi inclusifs et ouverts dans vingt ans...

Edit: Ah zut je vois que [mention]Eresia[/mention] a répondu aussi, du coup le débat continue encore un peu.
Mais je crois que le souci vient du fait que les gens - ou les auteurices dans le cas présent - s'arrêtent au ton des réactions, qui sont souvent vives et très critiques, tout en oubliant qu'au fond, il ne s'agit pas que de leur projet(ou de leur récit) en fait, mais d'une énième représentation foireuse, d'une énième insulte que ces gens se prennent dans les dents.
Et puis, je sais pas, est-ce qu'on écrit pour blesser des gens ? Est-ce que c'est vraiment devoir faire un effort de dingue que de se renseigner, ou de juste écouter les gens qui soulèvent les soucis ?
Non mais dans l'ensemble je suis d'accord avec toi sur le fait que l'absence d'une volonté de nuire n'excuse pas tout. Je dis simplement qu'on ne peut pas juger de la qualité d'un livre sur l'unique critère de la présence de stéréotypes. Enfin, en tout cas, de mon côté, je préfère ne pas le faire.

Tout ce débat fait écho à une expérience très personnelle. Dans mon livre, j'ai un personnage gros et je reconnais avoir utilisé exagérément ce trait physique pour le caractériser (bon, pour sa défense, il a plein d'autres particularités). Pourtant, tu es bien placée pour le savoir Eresia, je n'ai pas lésiné sur la remise en question de mon texte. Sur les trente ou quarante personnes qui ont lu et commenté La ville sans vent avant sa publication (sur PA, dans mon cercle d'amis, dans ma ME), pas une m'a fait remarquer que c'était une représentation douteuse, de ce que je me souviens en tout cas. Moi-même, je ne me suis pas rendue compte que je véhiculais un stéréotype, alors que j'ai essayé de prêter attention aux questions de société, dans la limite de ma sensibilisation sur ces sujets au moment de la rédaction. Et maintenant que le roman est publié, je ne peux plus revenir dessus. Donc quand on me traite de grossophobe et qu'on met une sale note à mon roman sur la base de cet unique critère, je ne peux rien faire à part prendre sur moi pour ne pas défendre ce texte dans lequel j'ai mis beaucoup de mon âme, car répondre à cette critique ne ferait que renforcer l'indignation légitime des personnes qui me l'ont faite. Les critiques peuvent être sans cesse actualisées mais le livre, lui, ne peut plus évoluer :pensive:
Modifié en dernier par Zénodote le 05 juil. 2020, 22:28, modifié 1 fois.

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 3 invités